Est-ce qu’un Français peut acheter une maison au Canada ?

Un ressortissant français peut acheter un bien immobilier au Canada, mais le cadre juridique fédéral impose depuis janvier 2023 des restrictions précises selon le statut migratoire, le type de bien et sa localisation géographique. Maîtriser ces distinctions évite des blocages en cours de transaction, voire des pénalités.

Qualification fiscale du non-résident et incidences sur le prêt hypothécaire canadien

Le statut de non-résident au sens fiscal canadien conditionne l’accès au financement local. Un Français sans résidence permanente ni permis de travail valide est classé non-résident par l’Agence du revenu du Canada. Cette qualification entraîne deux conséquences directes sur le montage hypothécaire.

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La mise de fonds exigée par les prêteurs canadiens pour un non-résident dépasse largement celle demandée à un citoyen ou résident permanent. Nous observons couramment une exigence d’apport d’au moins 35 % de la valeur du bien, contre un plancher nettement inférieur pour un résident. Certaines institutions refusent purement les dossiers de non-résidents sans revenus canadiens déclarés.

L’autre point technique concerne la retenue fiscale à la revente pour les non-résidents. Le vendeur non-résident doit obtenir un certificat de conformité de l’Agence du revenu du Canada avant de récupérer le produit de la vente, faute de quoi le notaire (ou l’avocat, hors Québec) retient une part significative du prix. Anticiper cette mécanique dès l’acquisition permet de structurer correctement la détention du bien.

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Loi fédérale sur l’interdiction d’achat : périmètre réel et exceptions exploitables

Femme française signant des documents immobiliers avec un notaire canadien dans un bureau professionnel

La Loi interdisant l’achat d’immeubles résidentiels par des non-Canadiens, entrée en vigueur le 1er janvier 2023, vise les personnes qui ne détiennent ni la citoyenneté canadienne ni la résidence permanente. Son périmètre est plus étroit que ce que la plupart des guides laissent entendre.

Zones géographiques couvertes par l’interdiction

L’interdiction s’applique aux logements résidentiels situés dans une région métropolitaine de recensement ou une agglomération de recensement. Les biens situés en dehors de ces zones, dans des collectivités rurales ou de faible densité, ne sont pas visés. Un Français peut donc acquérir une maison dans une petite municipalité sans tomber sous le coup du moratoire fédéral.

Types de biens exclus de l’interdiction

La loi cible les maisons individuelles, copropriétés, maisons jumelées et immeubles de trois logements ou moins. En revanche, un immeuble de quatre logements ou plus échappe à l’interdiction. Cela ouvre une voie d’investissement locatif collectif souvent ignorée par les acheteurs français qui se focalisent sur la maison unifamiliale.

Depuis les modifications du 27 mars 2023, les terrains vacants destinés à un projet de construction ne sont plus visés par l’interdiction, y compris en zone urbaine. Acheter un terrain pour y bâtir constitue donc une stratégie distincte de l’acquisition d’une maison existante.

Exceptions liées au statut migratoire

Plusieurs catégories de non-Canadiens conservent le droit d’acheter un bien résidentiel couvert par la loi :

  • Les titulaires d’un permis de travail valide, sous certaines conditions prévues par la réglementation fédérale.
  • Les étudiants étrangers inscrits dans un établissement canadien, sous réserve de remplir les critères stricts définis par la loi.
  • Les personnes ayant le statut de réfugié ou de personne protégée, qui sont expressément exemptées du moratoire.

Les pénalités en cas de violation sont lourdes : l’acheteur s’expose à une amende pouvant atteindre 10 000 $. Nous recommandons de faire valider son admissibilité par un avocat spécialisé en immigration et droit immobilier avant toute offre d’achat.

Surtaxes provinciales pour acheteurs étrangers au Canada

Obtenir une exemption fédérale ne dispense pas des taxes provinciales. C’est un piège récurrent dans les dossiers que nous traitons : l’acheteur français se concentre sur le moratoire fédéral et découvre tardivement la facture provinciale.

La Colombie-Britannique applique une surtaxe sur les achats par des acheteurs étrangers dans la région du Grand Vancouver et d’autres zones désignées. L’Ontario impose une taxe similaire, historiquement concentrée sur la région élargie du Golden Horseshoe mais étendue depuis à l’ensemble de la province. Ces surtaxes représentent un pourcentage non négligeable du prix d’achat et s’ajoutent aux droits de mutation classiques.

Le Québec ne prélève pas de surtaxe spécifique aux acheteurs étrangers au niveau provincial, ce qui le rend fiscalement plus accessible pour un non-résident français. Les droits de mutation (communément appelés « taxe de bienvenue ») restent dus, mais ils s’appliquent à tous les acheteurs sans distinction de nationalité.

Homme d'origine française devant une maison en pierre à vendre dans une rue enneigée du Québec

Structurer l’achat depuis la France : compte bancaire et transfert de fonds

Ouvrir un compte bancaire canadien à distance est possible auprès de certaines banques, mais la vérification d’identité requiert souvent une présence physique ou un passage en succursale. Sans compte local, le virement international transite directement vers le compte en fidéicommis du notaire ou de l’avocat chargé de la clôture.

Le risque de change sur un achat immobilier est substantiel. Entre la signature de l’offre et le transfert final, une fluctuation du taux euro-dollar canadien peut représenter plusieurs milliers d’euros. Verrouiller le taux via un contrat à terme ou utiliser un service de transfert affichant le taux interbancaire réel réduit cette exposition.

La conformité anti-blanchiment (FINTRAC côté canadien, Tracfin côté français) impose de documenter l’origine des fonds. Les banques canadiennes exigent généralement une preuve de la provenance (relevés de compte, actes de vente d’un bien en France, attestation de donation). Préparer ce dossier en amont accélère la transaction de plusieurs semaines.

Détention directe ou via société : quel montage pour un Français non-résident

La détention en nom propre reste le schéma le plus courant pour une résidence secondaire. Elle simplifie la déclaration fiscale et évite les coûts de gestion d’une structure juridique canadienne.

Pour un projet locatif, la création d’une société canadienne peut se justifier fiscalement, notamment pour déduire les charges d’exploitation et limiter l’imposition à la source sur les revenus locatifs. La convention fiscale France-Canada prévient la double imposition, mais le crédit d’impôt ne compense pas toujours intégralement l’impôt canadien si les taux effectifs divergent.

La déclaration des comptes et actifs détenus à l’étranger reste obligatoire auprès de l’administration fiscale française (formulaire 3916 pour les comptes bancaires, déclaration des revenus fonciers étrangers). Un oubli expose à des pénalités significatives côté français, indépendamment de la situation canadienne.

Le choix du montage dépend de la finalité du projet, du volume de revenus locatifs anticipé et de la durée de détention prévue. Un accompagnement croisé entre un fiscaliste français et un comptable agréé canadien (CPA) reste la configuration la plus fiable pour éviter les erreurs de structuration.